79e Festival de Cannes Décrypté
Douze jours, la Croisette en mai, le Palais des Festivals dans son règne annuel. Le 79e Festival de Cannes est revenu à sa question fondatrice — ce que le cinéma peut encore faire quand on lui laisse l’espace — et y a répondu par un palmarès qui a récompensé la patience, la maîtrise formelle et ce type de jeu qui n’a pas besoin de s’annoncer. Bulbul était sur le terrain du premier au dernier jour : aux premières de La Bola Negra, Roma Elastica et Histoires de la Nuit ; dans les stands et les salles de conférence du Marché du Film ; et — quand le Palais a basculé dans sa dernière soirée de l’année — dans le Grand Théâtre Lumière pour la cérémonie de clôture, en direct de la salle au moment où les enveloppes se sont ouvertes et le nom de Cristian Mungiu a été appelé. Voici ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, et ce que cela dit de l’année cinéma qui s’ouvre.
Le Palmarès
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Fjord de Mungiu — la patience comme esthétique.
Le retour de Cristian Mungiu sur la Croisette après R.M.N. allait forcément être scruté de près. Fjord — huis clos glacial sur un fjord norvégien isolé, porté par Sebastian Stan et Renate Reinsve — s’est révélé être exactement le genre de film que le festival a été conçu pour honorer : précis, intransigeant, totalement indifférent à l’idée de séduire son public. Le déplacement du maître roumain vers un registre nordique tient moins de la réinvention que de l’affûtage.
Reinsve, six ans après Julie (en 12 chapitres), livre peut-être l’interprétation la plus intériorisée de l’année ; Stan, tout en contrepoids, tient la salle. La Palme était largement attendue. Elle était aussi méritée.
Roumanie / Norvège · Drame · 132 min
Minotaure : le retour de Zviaguintsev.
Le premier long-métrage d’Andrei Zviaguintsev depuis Faute d’amour est arrivé sans le tapage qui accompagne d’ordinaire le retour d’un grand cinéaste russe. Le film n’en est que meilleur. Minotaure est exactement ce que son titre suggère — un labyrinthe, allégorique, claustrophobe, construit autour d’une performance centrale que le jury aurait décrite comme « le travail physique le plus précis de la compétition ».
Le Grand Prix offre à Zviaguintsev une deuxième consécration cannoise et confirme ce que beaucoup, dans la salle, attendaient de ressentir : il n’a rien perdu de sa main.
Los Javis affûtent la lame.
Javier Calvo et Javier Ambrossi — Los Javis pour quiconque suit la télévision espagnole depuis dix ans — apportent ici leur patte pop-surréaliste inimitable à un registre plus sombre. La Bola Negra, avec Penélope Cruz en son cœur, ouvre la porte au genre sans jamais vraiment la franchir. Le Prix de la mise en scène (ex æquo) confirme ce que les programmateurs du festival semblent avoir compris : Los Javis ne sont plus les jeunes prodiges de la télévision espagnole. Ce sont désormais des cinéastes de plein droit.
L’interprétation de Cruz — meurtrie, contenue, presque cérémonielle — est de celles qui n’arrivent que deux fois par décennie.
Macchia & Campagne — Coward
Le nouveau film de Lukas Dhont après Close confie à deux nouveaux venus — Emmanuel Macchia et Valentin Campagne — le genre de rôle que la plupart des acteurs attendent toute une carrière : une fraternité qui s’effondre sous le poids des non-dits. Leur Prix d’interprétation masculine (ex æquo) partagé est la lecture la plus généreuse d’un jeu d’ensemble que le jury cannois ait rendue depuis des années.
Efira & Okamoto — Soudain
La première coproduction française de Ryusuke Hamaguchi — Soudain — réunit Virginie Efira et Tao Okamoto dans l’étude de deux femmes prises dans des deuils voisins, à deux continents de distance. La célèbre lenteur de Hamaguchi, transplantée à Paris, a trouvé son rythme parfait. Deux actrices, un prix, entièrement mérité.
Le jury derrière le palmarès.
Le jury 2026 a rendu l’un des verdicts les plus cohérents de mémoire récente — privilégiant la retenue sur le spectacle, et l’ensemble sur la performance individuelle dans presque toutes les catégories. Deux prix d’interprétation ex æquo la même année constituent, en soi, une déclaration de goût.
Trois premières, trois salles, trois films très différents. Voici ce que nous avons vécu depuis l’intérieur du Grand Théâtre Lumière.
Première de La Bola Negra
La première de La Bola Negra fut l’une des plus électriques du festival. Penélope Cruz est arrivée sous une longue standing ovation ; la salle avait déjà lu les premiers retours internationaux et savait ce qu’elle s’apprêtait à voir. Cruz incarne une femme gardant un secret de trente ans, et l’image centrale du film — une bille noire qui passe de main en main — fonctionne à la fois comme moteur narratif et comme avertissement de ton.
Le Prix de la mise en scène ex æquo pour Los Javis a été confirmé moins d’une semaine plus tard. Le film, à ce moment-là, était déjà activement positionné par les agents de vente dans tout le Marché.
Première d’Histoires de la Nuit (Birthday Party)
Vendu à l’international sous le titre Birthday Party et sorti en France sous son titre d’origine Histoires de la Nuit, ce conte moral nocturne — qui se déroule lors d’un anniversaire qui refuse de finir — allait forcément être l’un des films les plus commentés du festival. Les retrouvailles de Monica Bellucci et Benoît Magimel à l’écran alimentaient la rumeur depuis quatre ans.
La première a tenu toutes ses promesses. Toutes les conversations au cocktail d’après-projection portaient sur l’artisanat — la photographie, le glissement de ton maîtrisé, le troisième acte presque muet de Bellucci. Un film qui devrait voyager loin.
Première de Roma Elastica
Marion Cotillard est revenue sur la Croisette avec Roma Elastica — portrait foisonnant, ambitieux, délibérément trop plein de la Rome contemporaine, tenu d’un bout à l’autre par ce qu’elle fait de l’immobilité. Les partis pris structurels du film divisent ; l’interprétation centrale, elle, fait l’unanimité.
La salle a compris, comme souvent à Cannes, que ce qu’elle venait de voir serait discuté tout le reste de l’année — et sans doute bien au-delà.
Marché du Film — là où les films circulent vraiment.
Deux festivals se déroulent en parallèle chaque mois de mai sur la Croisette : celui du tapis rouge, et celui qui se joue derrière le rideau. Le Marché du Film — le plus grand marché du film au monde — est le second, et pour toute agence qui prend le cinéma au sérieux, c’est aussi le plus décisif. C’est ici que se vendent les droits internationaux, que se négocient les acquisitions indépendantes, que se dessinent les cartes de distribution pour l’année à venir. C’est ici que se joue réellement l’industrie du film.
Nous étions sur le Marché en tant qu’acteurs, pas en simples observateurs — dans les conférences, à arpenter les stands des espaces Riviera et Lerins, en rendez-vous sur le positionnement, les dossiers de vente, le PR de première et la stratégie d’acquisition. C’est le terrain sur lequel s’affûte la pratique intégrée de PR et de marketing pour le cinéma de Bulbul.
PR de première & tapis rouge
Stratégie et exécution presse autour des premières en festival — accréditations, gestion des talents, déroulé d’après-projection, déploiements de couverture régionale.
Campagnes presse locales & internationales
Lancements PR multi-marchés pour les sorties en salle et en streaming — dossiers de presse calibrés, gestion des embargos, relations journalistes.
Positionnement à la vente
Identité, supports de vente et récits de positionnement qui aident les films à trouver leurs distributeurs internationaux pendant le Marché et au-delà.
Stratégie d’acquisition
Travail de marque pour sociétés de production et labels d’acquisition — une communication qui affirme un goût éditorial avant le commerce.
Au-delà des photos, au-delà de la couverture éditoriale — les instants eux-mêmes. À l’intérieur du Grand Théâtre Lumière, sur le tapis, au cœur des ovations d’après-première. Touchez une carte pour lancer la lecture.
Fjord
La Bola Negra
Histoires de la Nuit
Roma Elastica
Karma
El Ser Querido
Paper Tiger
Faites défiler pour tout voir
Ailleurs sur la Croisette : Léa Seydoux et Catherine Deneuve à l’activation Gentle Monster — une passation de génération qui a brièvement figé le tapis ; une célébration du quarantième anniversaire de Thelma & Louise au Cinéma de la Plage qui a réuni la foule bien après minuit ; et des matins tranquilles au Grand Théâtre Lumière, juste avant que le film en compétition du jour n’entame sa longue ascension dans la conversation internationale.
Faites défiler pour explorer
La cérémonie de clôture au Grand Théâtre Lumière fut — comme souvent les années où le palmarès a une vraie conviction — d’une émotion contenue. Le temps que Mungiu remercie son équipe et que Sebastian Stan et Renate Reinsve repartent avec la Palme, la salle avait déjà pris la mesure de l’évidence : c’était une année où le festival avait fait son travail premier — désigner, par anticipation, l’année cinéma qui s’ouvre.
Cannes 79 nous a rappelé — sur le tapis, dans la compétition et surtout au Marché — que la puissance du récit n’a pas faibli. Si tant est qu’elle ait changé, elle s’est aiguisée. Dans une année où les publics sont plus fragmentés que jamais, les films qui voyagent le plus loin restent ceux qui savent exactement ce qu’ils ont à dire et refusent de le diluer. Fjord, La Bola Negra, Soudain, Histoires de la Nuit — chacun fut une leçon de conviction éditoriale.
L’autre enseignement est structurel. La Croisette n’est plus une conversation d’industrie fermée. Elle est désormais le point de départ d’une opération de PR et de distribution qui dure une année entière, à travers chaque marché, chaque fenêtre de sortie, chaque surface numérique. Pour un film, cette opération fait toute la différence entre une première cannoise dont on se souvient et une première cannoise qu’on oublie. C’est là que Bulbul intervient.
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Un film à porter ?
Faisons-le voyager.
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